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La Bête Aveugle

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les avis de Cinemasie

4 critiques: 4.12/5

vos avis

20 critiques: 3.85/5



drélium 4 Du B classique à l'apothéose baroque.
Xavier Chanoine 3.5 Petit sommet pervers
Ghost Dog 4.5 Ames sensibles s’abstenir
Ordell Robbie 4.5 un ovni cinématographique qui explore magnifiquement la passion humaine
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Du B classique à l'apothéose baroque.

Sans jamais se montrer franchement subtile côté répliques, "La bête aveugle" passe sans prévenir d'un petit B kitch de séquestration sans grosses prétentions aux vagues accents Freudiens à une envolée viscérale quasi quintessence de l'exploitation nipponne. Au coeur d'un décor unique multi-protubérant aussi morne qu’étrangement matriciel, le duo principal très impliqué, au moins tactilement parlant, monte en puissance comme pour mieux s'abandonner au final. Jamais voyeuse, la mise en scène sans relever aucun exploit esthétique nous emporte finalement vers cette ultime descente aussi rapide que vertigineuse dans les affres des corps et du plaisir. Le corps de MIDORI Mako est il faut bien le dire un champ d'investigation prometteur qui est on ne peut mieux cerné et magnifié au cours du ballet sensuel et macabre qui se met en place. Au final film symbole et puissant, "La Bête aveugle" n'en prend pas moins son temps pour réellement décoller.

27 avril 2007
par drélium




Petit sommet pervers

En toute objectivité, La bête aveugle est un grand poème pervers sur l'esthétisme et la passion. Deux facteurs traités de bien belle manière par Masumura, qui au travers d'un portrait d'une "famille" habitée par la passion (la mère pour son fils aveugle et vis versa, ce dernier pour sa prisonnière) qui ne semble n'avoir aucune limite. Comme dans L'empire des sens, ce qui au début n'était qu'une séquestration pour assouvir les pulsions "tactiles" du bourreau (recherche du plaisir) se transformera en ballet sanguinaire et sadomasochiste. Le parallèle avec l'oeuvre d'Oshima est évident même pour toute une autre partie de sa filmographie. Notons aussi cette esthétique particulière, typique pop art (la même année, Suzuki Seijun s'amusait autant) influencée par l'art moderne et la recherche du design farfelu. Stanley Kubrick annonçait la couleur au début des années 70 avec ses jeunes pantins barbares que l'on découvrait assis sur des mannequins féminins dans Orange mécanique, ici Masumura expérimente le design en asseyant ses protagonistes sur des corps nus et proprement gigantesques, métaphore d'une sexualité "inédite" et "imposante" dans un univers pourtant étroit : un hangar, une salle d'entrée délabrée, point barre.

Ce huit clos étouffant distille une ambiance surréaliste (des parties du corps sculptées sur des murs) tout en dénonçant les limites mêmes de la passion et du danger qui en découle. Détesté, le bourreau rentre finalement dans le coeur de la captive à force de "contacts" physiques, comme si l'on pouvait tomber amoureux juste après s'être palpé des heures. Et quelle captive, la géniale et trop rare Midori Mako surprend par son côté "peste" mais n'arrive étrangement jamais à faire ressentir chez le spectateur une quelconque compassion ou pitié sur le sort qui lui est réservé. La bête aveugle n'a pas la froideur des adaptations du marquis de Sade pour le grand écran mais parvient néanmoins à inquiéter plus d'une fois notamment dans ses dix dernières minutes incroyablement bien montées, démontrant le passage de l'amour à la mort lorsque l'acte sexuel le plus simple ne suffit plus. Grand film? Sans doute, mais j'en attendais encore d'avantage.



15 avril 2007
par Xavier Chanoine




Ames sensibles s’abstenir

Avis avec spoilers

Rares sont les films qui réussissent à provoquer le mal de mer et à rendre les jambes flageolantes à la sortie de la séance, à l’image d’un Salo ou d’un Eraserhead. La Bête aveugle fait partie de cette petite catégorie, une histoire d’amour extrême, passionnée, fusionnelle, qui va au bout de sa logique, au paroxysme du plaisir et de l’horreur.

La première partie s’oriente vers la séquestration en règle, dans la lignée du Voyeur et de Misery, d’une jeune femme dans le loft d’un artiste aveugle qui a besoin d’un modèle pour réaliser une statue et qui est soutenu dans sa folie par une mère veuve possessive. Ce loft est décoré de manière étrange et baroque, avec d’immenses corps de femmes en caoutchouc et des répliques de toutes tailles d’yeux, de nez ou de seins accrochés au mur, décrivant l’univers masochiste et obsessionnel de ce sculpteur fou. D’abord effrayée et révoltée, la jeune femme va élaborer un plan d’évasion élaboré en jouant de ses charmes pour monter son fils et sa mère l’un contre l’autre.

L’évasion ayant échouée, le film va alors s’orienter vers une radicalité extrême, vers un abandon de soi sadien, un abandon tout à fait flippant car presque inexorable ’abandon du corps et de l’esprit vers le plaisir et la douleur, dans un monde où rien d’autre n’a d’importance que la jouissance, et où la faim, le sang, la mort, le pourrissement d’un cadavre enterré à la hâte importent bien peu. Masumura pousse son jusqu’au-boutisme jusqu’à la provocation, et ça ne plaira pas à tout le monde. Il est en tout cas le précurseur d’autres œuvres marquantes comme La grande bouffe et L’empire des sens et fait passer, 30 ans avant, le « kilikilikili » de Audition pour un conte destiné aux enfants en bas âge.

Chef d'oeuvre sensuel et terrible qui n'opère que par la suggestion et le hors-champ, doublé d'une réflexion sur la création et servi par un trio d'acteurs en état de grâce, La bête aveugle est une perle que l'on semble ne redécouvrir qu'aujourd'hui.



26 août 2005
par Ghost Dog




un ovni cinématographique qui explore magnifiquement la passion humaine

Le cinéma japonais est décidément une caverne d'ali baba qu'on a pas fini d'explorer. Yasuzo Masumura est un cinéaste de chevet de Nagisa Oshima (et aussi d'Antonioni, il a été chef opérateur de Mizoguchi et Ichikawa) et quand on voit ce film on en est nullement surpris : blind beast anticipe la dérive sadienne que prendra sublimement le cinéma d'oshima dans les années 70. Un mannequin est enlevée par un sculpteur aveugle qui sculpte des corps de femmes à partir des sensations qu'il a en touchant ses modèles. Il est vierge et habite avec sa mère dans un entrepot isolé du monde où il sculpte des parties uniques du corps des femmes (jambes, lèvres, seins) ainsi qu'un corps de femme géant. Au début réticente, le modèle va entreprendre de séduire l'artiste et de l'initier à la sexualité sous le regard jaloux de sa mère. Et s'il réduit la femme dans ses sculptures à une partie du corps, c'est aussi qu'il vit par un seul sens, le toucher du fait de sa cécité de naissance. Progressivement, ils vont plonger ensemble dans la passion (elle deviendra aussi aveugle, ils essaieront vampirisme et sado-masochisme) jusqu'à ce que mort s'en suive.

Les personnages vivent loin de la société et de ses contingences matérielles, isolés du monde et sont livrés à leurs passions et leurs désirs de domination (alors qu'elle veut s'évader au début, elle restera et cèdera devant l'obstination de l'aveugle à vouloir la toucher). Si un plan résume bien tout le film, c'est celui du début : le modèle tressaille et se sent agressée quand elle voit l'aveugle toucher sa réplique sculptée. Elle lui permettra de sculpter la femme sublimée et de découvrir la femme réelle. Toute l'intensité du meilleur Oshima est déjà là.

Une découverte d'un cinéaste japonais majeur de plus et une fascinante plongée dans l'ame humaine.



28 janvier 2002
par Ordell Robbie


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